Les 5 grandes pressions sur la biodiversité

 source : IPBES.    photos : unsplash. ARS PACA.

 

En 2019, l’ IPBES dresse un bilan à travers le rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques. Il évalue les changements au cours des cinq dernières décennies et fournit un aperçu complet de la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la nature. Il s’agit du document le plus exhaustif réalisé à ce jour (élaboré par 145 experts, 15 000 références scientifiques et sources gouvernementales).

Les cinq facteurs directs de changement qui affectent la nature et qui ont les plus forts impacts à l’échelle mondiale sont, par ordre décroissant sont détaillés ci-après. Le changement climatique arrive seulement en 3e position. Il est utile de noter que ce pressions interagissent et peuvent aggraver les conséquences.

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Changement d’usage des terres et mers. Destruction des habitats.

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Surexploitation des ressources

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Changement climatique

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Pollutions

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Espèces exotiques envahissantes

1.  Changement d’usage des terres et mers. Destruction des habitats.

L’augmentation de la population mondiale et le développement de ses activités économiques amène l’humain à transformer son environnement avec pour conséquence la destruction, la fragmentation et la déstructuration des écosystèmes.

Concernant les mers, l’urbanisation, la fréquentation touristique et toutes leurs conséquences sont les principales causes de destruction des habitats marins et côtiers.

Concernant les terres, les raisons principales de ces changements d’utilisation sont :

  • Expansion agricole, plus d’un tiers de la superficie terrestre étant utilisée pour les cultures et l’élevage.
  • Urbanisation qui comprend l’imperméabilisation des sols (goudronnage, bétonnage pour des bâtiments et des infrastructures de transports…) et le mitage, c’est-à-dire l’implantation de constructions dispersées dans un paysage naturel.

Ces changements se sont principalement faits aux dépens des forêts (en grande partie des forêts tropicales primaires), des zones humides et des prairies

2.   Surexploitation des ressources

Environ 60 milliards de tonnes de ressources sont consommées chaque année dans le monde. Distinguons 2 catégories :

  • Non renouvelables : principalement les minerais (argent, cuivre, fer, tec.), les minéraux (argiles, calcaire, silice, etc.), les combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole, tourbe) et l’eau des aquifères fossiles ;
  • Renouvelables : espèces végétales (bois) et animales (terrestres et marins), l’eau (hors aquifères fossiles), l’atmosphère terrestre et la lithosphère (croûte terrestre contenant le substrat minéral qui permet la reconstitution des sols).

La surexploitation concerne aussi bien les 2 catégories. Par exemple, 75%  des ressources mondiales en eau douce sont consacrées à la culture ou l’élevage. Certains cours d’eau et zones humides peuvent ainsi se retrouver asséchés.

1,6 terre serait nécessaire pour répondre aux besoins de l’humanité chaque année ; 2.7 terres si la population mondiale consommait comme un Français.

Ces conséquences peuvent être irréversibles. Plus les stocks des ressources naturelles s’appauvrissent, moins les ressources renouvelables se régénèrent. Certains espèces ont disparu ou sont en danger d’extinction.

3 .   Changement climatique

La biodiversité et les gaz à effet de serre (GES) sur terre sont intimement liés. Les GES jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat. Sans eux, la température moyenne sur Terre serait de -18 °C au lieu de +14 °C et la vie n’existerait peut-être pas.

Toutefois, depuis la révolution industrielle du 19e siècle, les activités humaines ont considérablement augmenté leurs quantités dans l’atmosphère. En conséquence, l’équilibre climatique naturel se voit modifié et la surface terrestre se réchauffe. Le rapport de l’ IPBES souligne que, depuis 1980, les émissions de GES ont été multipliées par deux, provoquant une augmentation des températures moyennes mondiales d’au moins 0,7 degré Celsius. Le changement climatique a déjà un impact sur la nature, depuis le niveau des écosystèmes jusqu’à celui de la diversité génétique.

Le changement climatique peut entrainer l’extinction des espèces, l’élévation du niveau de la mer pouvant générer un flux migratoire de 1 milliard d’individus, acidification des océans perturbant les récifs coralliens impactant l’ensemble de la chaine alimentaire marine, une hausse des températures, une aggravation des phénomènes naturels (inondation, sécheresse…).

Publié en juin 2021, le rapport « Biodiversité et changement climatique – résultats scientifiques » est la première collaboration entre des experts du GIEC et de l’ IPBES. Il souligne que la perte de biodiversité et le changement climatique doivent être traités ensemble. Certaines actions profitables à l’une peuvent être effectivement néfastes pour l’autre (reboisement mal géré, énergie éolienne et migration des oiseaux, hydroélectricité et modification des écosystèmes, …).

4.   Pollutions

Au préalable, rappelons que le Vivant ne créé jamais une substance qu’il ne sait pas dégrader. L’humain a créé ou modifié certaines molécules qui les rendent naturellement non recyclables.

 

  • La pollution plastique

La pollution plastique affecte tous les organismes qui peuplent les eaux marines, jusqu’à des milliers de mètres de profondeur. Ce type de pollution cause la mort directe de nombreux animaux. Elles peuvent aussi être ingérées par les espèces marines, notamment le phytoplancton à la base de la chaîne alimentaire, et avoir un effet de type perturbateur endocrinien (lorsqu’une molécule perturbe le fonctionnement d’un organisme en modifiant l’action d’une hormone). Elles se retrouvent ensuite dans la chaîne alimentaire affectant à son tour l’humain.

La pollution marine par les plastiques, en particulier, a été multipliée par dix depuis 1980, affectant au moins 267 espèces, dont 86 % des tortues marines, 44 % des oiseaux marins et 43 % des mammifères marins.

 

  • La pollution chimique

Les polluants chimiques, tels que les métaux lourds (ETM), les médicaments et les produits vétérinaires, notamment les antibiotiques et les hormones, ou encore les produits phytosanitaires, PCB, HAB, etc., ont de nombreuses conséquences sur la biodiversité puisqu’ils se retrouvent dans l’air, les sols, les eaux ainsi que la faune et la flore. Leurs effets ne sont pas encore tous connus.

Ces polluants tuent directement certaines espèces, provoquent des maladies en les intoxiquant, ont des effets sur leur reproduction (déclenchent la féminisation des poissons de l’estuaire de la Seine par exemple ; fragilisent les œufs de certains oiseaux) ou sur leur comportement. Ils peuvent également réduire la quantité de nourriture disponible (disparition des insectes du fait des pesticides) ou encore déséquilibrer des chaînes alimentaires et des écosystèmes entiers.

 

  • Les pollutions sonores

Les pollutions sonores sont provoquées par la diffusion dans l’environnement d’ondes avec des longueurs d’onde, fréquences ou intensités inhabituelles. Les infrasons des sonars provoquent une pollution sonore sous-marine et dérangent notamment les baleines, qui utilisent le son pour communiquer entre elles et chasser. Les ondes sonores induites par exemple par la circulation automobile, peuvent déranger les oiseaux nicheurs. Les ultrasons sont à l’origine de la désorientation des chauves-souris. Enfin, les ondes radio peuvent désorienter certaines espèces d’oiseaux.

 

  • Les pollutions lumineuses

Les ondes lumineuses ont plusieurs effets néfastes sur la biodiversité. Elles dérèglent les rythmes biologiques des organismes, en inactivant par exemple la mélatonine, une hormone déclenchant l’endormissement. La présence d’éclairage peut désorienter certaines espèces telles que les oiseaux migrateurs, qui utilisent la lumière des étoiles pour se diriger la nuit. Elle constitue une des causes de fragmentation des milieux naturels.

 

  • Les autres pollutions

Les pollutions radioactives engendrent une mortalité des espèces sauvages, mais aussi des maladies et malformations.

Les pollutions électromagnétiques sont encore peu connues et mériteraient des programmes de recherches approfondies.

La pollution olfactive due à la présence humaine est également source de dérangement, car beaucoup d’espèces utilisent ce sens pour s’orienter.

5.   Espèces exotiques envahissantes

Une espèce exotique envahissante est une espèce introduite par les humains, volontairement ou par accident, dans un territoire qui n’est pas son aire de répartition naturelle et dont l’implantation et la propagation menacent les écosystèmes, habitats ou espèces indigènes (présentes naturellement sur le territoire), avec parfois des conséquences sur les activités économiques ou la santé humaine.

Les impacts sur la biodiversité sont : modification des écosystèmes, prédation, maladies.

Les impacts sur la santé : les maladies infectieuses, les allergies (pollen de l’ambroisie à feuilles d’armoise pouvant provoquer rhinites, urticaires, toux, eczéma, conjonctivites, asthme, trachéites).